Paroles d’experts

Interview du Dr Reygagne, Dermatologue spécialiste du cuir chevelu.

 

 

Qu’évoque pour vous le psoriasis du cuir chevelu ?

Pour moi, le psoriasis du cuir chevelu évoque avant tout une maladie inflammatoire du cuir chevelu qui est une maladie chronique et qui évolue par poussée. Elle n’est pas infectieuse, pas inflammatoire, pas contagieuse et très souvent récidivante.

 

Est-il facile de le reconnaître ? 

Oui, le psoriasis du cuir chevelu est facile à reconnaitre. Il s’agit de plaques érythémateuses, c’est-à-dire rouges recouvertes de squames blanches et épaisses. Surtout, ces plaques sont très bien limitées et peuvent être plus ou moins épaisses. Elles peuvent déborder sur la bordure du cuir chevelu au niveau du front, au niveau de la nuque ou autour des oreilles. Ces plaques sont responsables de pellicules. Par rapport à des pellicules banales, les plaques sont beaucoup plus épaisses, démangent plus facilement, donnent des pellicules plus grosses et récidivent plus fréquemment.

 

Quels sont les signes cliniques qui dérangent le plus vos patients ?

Les patients sont surtout dérangés par les démangeaisons qui peuvent parfois être importantes induisant du grattage pénible et mal vécu en public. Les patients sont également beaucoup gênés par les pellicules épaisses, très visibles et particulièrement désagréables sur les costumes ou les vêtements sombres.

 

Quel impact ont-ils sur la vie de vos patients ?

L’impact peut être important. Un impact vestimentaire d’abord ; certaines couleurs étant interdites, certains patients s’habillent plus volontiers en clair pour que les pellicules ne soient pas visibles. Certains patients peuvent être très complexés par les démangeaisons, par le fait de se gratter en public et par le caractère visible de certaines lésions qui débordent le cuir chevelu. Ils sont également très complexés car les pellicules importantes donnent un aspect sale faussement négligé et dans l’entourage, certaines personnes peuvent croire qu’il s’agit d’un manque d’hygiène ce qui, bien sûr, n’est pas le cas.

 

Si l’on ne peut pas guérir définitivement du psoriasis du cuir chevelu, pourquoi est-il nécessaire de se traiter ?

Il est nécessaire de se traiter pour des raisons de confort, le psoriasis démange énormément. Cela est pénible. Les démangeaisons, quand elles sont suivies de grattage, sont responsables d’une aggravation du psoriasis ; un cercle vicieux se met en place et le traitement permet d’éviter cela. De plus, le traitement permet d’améliorer la qualité de vie, de s’habiller correctement et d’être plus à l’aise en société.

 

Existe-t-il des traitements efficaces et adaptés au cuir chevelu ?

Oui, il existe des traitements efficaces qui reposent essentiellement sur la corticothérapie locale. Le principal problème est que ces traitements doivent être utilisés tous les jours au début pour faire disparaitre le psoriasis et qu’il faut ensuite utiliser un traitement d’entretien pour éviter qu’il ne revienne. Pour cette raison, il faut prescrire des produits adaptés, faciles à utiliser et qui ne soient pas gras. Les patients aiment bien les traitements brefs qui ne laissent pas de trace et qu’ils peuvent oublier dans la journée ce qui leur permet d’oublier le psoriasis. Le fait d’avoir une action rapide sur les démangeaisons est également très important.

 

Un patient doit-il changer ses habitudes de vie ? Quels sont les réflexes à adopter au quotidien ?

Le psoriasis est parfois aggravé par du stress, par de la tension nerveuse, des surcharges de travail et une mauvaise hygiène de vie. Il faudra donc éviter les excès de thé, de café, et surtout d’alcool. Les traumatismes locaux peuvent également avoir un rôle aggravant ; il faudra donc absolument éviter de se gratter et localement, éviter des produits trop irritants ou trop agressifs. Les lotions alcooliques sont par exemple très mal tolérées chez les patients en poussée.

 

Recommandez-vous des soins/shampooings spécifiques en plus du traitement médical ?

Le psoriasis est une maladie inflammatoire et non pas un problème cosmétique et comme pour toute maladie les traitements sont essentiellement médicamenteux reposant sur l’utilisation de corticoïdes. Ces traitements sont sur prescription médicale. Certains shampooings cosmétiques plus ou moins riches en acide salicylique ou en actifs apaisants  peuvent aider à éliminer les squames mais il s’agit de soins d’accompagnement plus que d’un traitement véritable.

 

Y a-t-il des produits capillaires à éviter ?

Non, tous les produits peuvent être utilisés. Il faudra cependant éviter les teintures en période inflammatoire et éviter également les produits pouvant être irritants au contact du cuir chevelu (lotion alcoolique, laque…).

 

La chute de cheveux peut-elle être liée au psoriasis du cuir chevelu ? Comment l’éviter ?

Non, habituellement le psoriasis du cuir chevelu n’est pas responsable de chute de cheveux sauf en cas de complication. Parfois, les squames peuvent devenir épaisses et favoriser une infection du cuir chevelu sous les squames. L’inflammation peut alors être importante et être responsable d’une chute de cheveux. On parle alors de fausse teigne amiantacée et les cheveux partent en étant accrochés à ces squames épaisses. Le traitement permet de calmer l’inflammation et d’induire une repousse qui est toujours de très bonne qualité.

 

Que pensez-vous des remèdes alternatifs à la prise en charge médicale ?

Comme dans toutes les maladies chroniques, certains patients peuvent être déçus par des traitements trop compliqués et répétitifs, ce qui explique effectivement la place tenue par certains remèdes alternatifs. Je pense à des applications de plantes médicinales, d’argile, de lait de jument, à l’utilisation du savon d’Alep, aux bains dans la mer morte, à la vente de sel de la mer morte à mettre dans sa baignoire… La plupart de ces soins sont : au mieux inefficaces, aux pires irritants et coûteux.

 

Que diriez-vous à des patients qui hésitent à consulter ou à en parler à leur médecin ?

Je crois que le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique qui n’a rien de honteuse. Il existe des traitements et il serait malheureux de s’en priver. Cette maladie est responsable de désagréments réels qui méritent tout à fait une prise en charge médicale.

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